Exil

soirée d’automne –
j’écarte de mon visage
les rideaux de pluie

« C’est décidé, je pars ! » En cette journée d’octobre, elle vient tout juste de fêter 40 ans. Son mari est au chômage. Elle a quitté son poste de professeur, elle a travaillé comme secrétaire dans un cabinet dentaire où elle était un peu mieux payée. Rien n’y a fait ! Les dettes s’accumulent, ni les amis ni la famille ne peuvent plus répondre à leurs sollicitations. L’appartement a déjà été vendu avec tout son contenu. Elle se dirige d’un pas décidé vers le cabinet médical. L’agence de placement a déjà pris rendez-vous pour elle. Le médecin l’examine soigneusement, pose quelques questions et remplit le formulaire d’un air habitué. Encore une candidate à l’exil…

Dès son arrivée à l’aéroport, elle se retrouve dans un autre monde. Il lui est impossible de reconnaître les caractères de cette écriture inconnue. Dans la multitude qui s’agite autour d’elle, chacun semble connaître son chemin. Au bout d’un moment, elle repère un petit homme bedonnant qui brandit une pancarte au nom de l’agence. Elle lui fait signe et s’approche, sa valise à la main. Il lui explique en anglais qu’il la conduit au foyer de travailleurs où elle sera hébergée le temps de régulariser l’offre d’emploi. Elle devra repartir sous peu pour s’occuper d’un couple âgé, plus loin vers le sud.

Le foyer est une demeure agréable, on lui attribue une chambre personnelle. Elle fait connaissance avec les autres pensionnaires, l’ambiance est amicale. Ils sont tous en attente d’un nouveau contrat, et beaucoup viennent d’Europe de l’Est comme elle. Elle se lie plus particulièrement avec une femme russe d’une cinquantaine d’années, autrefois professeur de piano. Cela fait cinq ans qu’elle travaille au service d’aide à la personne, elle a déjà pu régler ses dettes et, bien-sûr, payer l’agence…

Au bout de huit jours, le contrat avec l’employeur est signé. Tous les papiers sont en ordre, on lui retire son passeport et on lui remet un permis de travail temporaire.  Elle quitte avec regret ses compagnes. Dans le bus qui la conduit toujours plus loin dans le désert, elle pense à la chance d’un nouveau départ.

sable à l’infini –
les grains de mon chapelet
filent sous mes doigts

Nicole Pottier
Publié dans la revue de l’Echo de l’Etroit Chemin, novembre 2019.

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