Fêtes et traditions du Nouvel- An au Japon

par Nicole Pottier

Au Japon, on fête le Nouvel An à la même date que partout dans le monde, à savoir la nuit du 31 décembre au 1erjanvier, depuis l’instauration du calendrier solaire grégorien le 1er janvier 1873. Avant cette date, c’est le calendrier lunaire qui prédominait, selon le modèle chinois. Le Nouvel-An était donc placé au début du mois de février.

L’ordonnance des haiku suivant le cycle des saisons est antérieure au saijiki. On la retrouve déjà dans l’anthologie «Man’yōshū »*(1), vers 760, où les saisons servent de toile de fond aux poèmes qui la composent, que ce soit pour des félicitations, un deuil, etc…Toutefois, il ne faut pas oublier que le sujet véritable du poème ne consiste ni dans les fleurs, dans les insectes, ou les arbres, mais bel et bien dans le sentiment qu’expérimente le poète. Qu’est-ce qu’un «saijiki» ? C’est un almanach poétique qui répertorie l’ensemble des mots de saison ou «kigo». Il est considéré comme un guide pratique à l’usage de tous ceux qui composent des haïkus, car cette expression saisonnière est un élément essentiel du haiku.
Jane Reichhold le définit elle-même comme suit : «Un saijiki est un dictionnaire de haiku où les poèmes sont rangés par ordre non pas alphabétique, mais saisonnier. Au cœur de ces cinq saisons (Le Nouvel An faisant l’objet d’une section particulière) on trouve habituellement sept catégories distinctes : le temps qu’il fait (les aspects particuliers de la saison en question), les phénomènes célestes (étoiles, soleil et lune), les phénomènes terrestres (aspects de la géographie tels que montagnes, champs, rivières, etc), les évènements (fêtes), la vie quotidienne des hommes, la faune et la flore. »*(2)
Le «Haikai saijiki» publié par Kaizôsha en cinq volumes compte plus de 16 000 termes. C’est une véritable encyclopédie qui regroupe l’expérience et les observations de centaines de poètes avec plus de 75 000 haiku sélectionnés, élaborant ainsi une véritable nomenclature fondée sur l’observation rigoureuse et attentive des cycles de la nature, n’excluant ni l’humour, ni la description clinique, ni l’empathie de l’auteur. On y trouve des rubriques associées à un seul auteur, par exemple Buson et les pivoines, ou bien Issa et la rosée. Concernant le haiku moderne, on peut consulter «Haiku World: An International Poetry Almanac » de William J. Higginson (1996) ou « Haikus des 5 saisons : variations japonaises sur le temps qui passe » d’Alain Kervern (2014).

Comme on peut le constater, il est question de cinq et non pas quatre saisons. La cinquième saison est née de la séparation entre Nouvel An et printemps par l’occidentalisation du calendrier à la fin de la seconde guerre mondiale. Pendant l’ère Tokugawa (1603 – 1867) et l’ère Meiji (1868 – 1912), le Nouvel-An fut rapporté dans le printemps avec la deuxième nouvelle lune après le solstice d’hiver.

Voici le tout premier poème écrit par Matsuo Bashô en 1662, alors qu’il avait 18 ans :

春や来 し年や行きけん 小晦日 
haru ya koshi toshi ya yukiken kotsugomori

has Spring come?                              le printemps est-il venu ?
has the old Year gone?                      la vieille année est-elle partie ?
second-to-last day                             avant dernier jour

Cette cinquième saison devint alors la première puisqu’elle se plaçait en tête devant le printemps, et ne s’inscrivait pas au milieu de l’hiver. De nos jours, elle n’a plus à choisir entre être à la queue de l’hiver ou être en tête du printemps, le Nouvel-An est une saison à part entière.

Shogatsu, planche 1 de la série Coutumes d’Edo (edo fūzoku junikagetsu no uchi, 1890.
Yoshu Chikanobu (1838-1912).

Oshogatsu (festivités du Nouvel An)

Le Japon conserve de nombreuses traditions pour célébrer le Nouvel-An, considéré comme la fête la plus solennelle de l’année. Les festivités se déroulent sur plusieurs jours et sont très codifiées. À l’origine, Shogatsu est un des noms donnés au mois de janvier, et correspond aux festivités dédiées à la divinité Toshigami qui protège les récoltes de l’année. Aujourd’hui, la période du 1er au 3 janvier est appelée sanganichi, et la période du 3 au 7, matsu no uchi ou matsu nonoka, et l’ensemble est appelé shogatsu.</p >

La fin de l’année ou «l’année se termine» (toshi no kure, yuku toshi) se caractérise par une grande agitation avec les allées et venues des gens dans tout le pays pour rejoindre leurs familles pour les vacances. Les Japonais ont une semaine de congé du 1er au 5 janvier. Ils passent de nombreuses soirées entre collègues et amis, s’occupent d’acheter des cadeaux pour le Nouvel An, de l’envoi des cartes de vœux (nengajô), du grand nettoyage de la maison (ôsôji). Tel un rite de purification, on renouvelle les papiers des shoji, ces cloisons ou portes constituées de papier sur un support en bois, on change les tatami (revêtements de sol), on jette tout ce qui est abîmé. Au Japon, de nombreuses expressions expriment la nostalgie de l’année qui se termine (toshi oshimu, « regrets de l’année ») ou au contraire le désir d’oublier les mauvais souvenirs de l’année (toshi wasure, « oublier l’année). Il faut aussi mettre ses affaires en ordre avant le Réveillon, et donc s’occuper de régler ses dettes et de liquider ses querelles.

susuhaki wa ono ga tana tsuru daiku kana

New Year’s Eve cleaning –                    nettoyage de veille de l’An –
the carpenter hangs a shelf                  le charpentier suspend une étagère
in his own house                                     dans sa propre maison     

(Tr : Jane Hirshfield)                                  Basho (1693)

Le réveillon du jour de l’an ou Le seuil de l’année (ômisoka).
Le 31 décembre est vécu comme une journée exceptionnelle, en particulier dans ses dernières heures. Comme en Occident, on réveillonne. Ômisoka, le jour du Réveillon est le deuxième jour le plus important de la tradition japonaise, car il clôture l’ancienne année et prélude à la journée du Jour de l’An. Le père bénit la famille et tous reçoivent de nouvelles baguettes pour manger ainsi que de nouveaux vêtements. A minuit, ils se rendent au sanctuaire shinto ou au temple bouddhiste où les bonshō, cloches japonaises, sonnent 108 coups de glas (joya no kane), pour purifier le cœur des péchés selon la tradition bouddhique.

戸を閉めに立てば近くの除夜の鐘
to o shime ni tateba chikaku no joya no kane

verrouillant la porte je me tiens droit près des cloches sonnant le Nouvel An

Kenji Fukami (né en 1922)

La gastronomie occupe une place très importante dans la célébration du Nouvel An, à travers notamment cette cuisine qu’on appelle o-sechi ryôri. Il s’agit de repas constitué de nombreux plats divers et variés, utilisant des produits qui ont tous une valeur symbolique: les kuromame ou haricots noirs, symbole de santé, les kazunoko, œufs de harengs, symbole de fertilité, tai ou daurade, que l’on retrouve dans le mot medetai (heureux),  tout comme konbu ou kobu, une espèce d’algue dont le nom fait penser à yorokobu qui signifie « se réjouir », etc…

Pour le réveillon, on mange une soupe chaude accompagnée de pâtes (soba) faites à partir de farine de sarrasin et appelées  kake (dettes), rappelant ainsi que l’on a acquitté toutes les dettes de l’année. Les soba sont les pâtes les plus consommées au Japon, à cette occasion toshi-koshi soba qui signifient « soba du passage à l’année suivante », elles sont censées assurer une longue vie aux personnes qui les consomment.
Durant les trois premiers jours de l’année, la coutume veut que l’on ne fasse rien en cuisine, car il est interdit d’allumer l’âtre, sauf pour préparer le zōni, le bouillon consommé au réveillon. Il se compose de mochi (gâteaux de riz gluant), de légumes et d’une sauce soja ou miso blanc. On le mange avec des baguettes de saule non laquées.
On prépare donc les repas à l’avance que l’on conserve dans les jūbako, sortes de boîtes à bentō. La boisson la plus consommée est l’amazake, une sorte de saké sucré peu alcoolisé. Ces plats préparés pour le Nouvel An se nomment Oseki et leur tradition  remonte à l’ère Huian (794 – 1185). De nos jours, on peut aussi les trouver au supermarché.

tosozake ya                                    d’une coupe de saké épicé du nouvel an
mata toso* made no                     jusqu’à une autre coupe
asobi some                                      premier plaisir de l’année

Chiyo-Ni (1703 – 1775)                (Tr : Cheng Wing Fun & Hervé Collet)
* saké épicé du nouvel an

Le premier matin de l’année.
Passé minuit, on se souhaite la bonne année avec la formule Akemashite omedetô. Akemashite fait référence à l’aube – début du mois, et omedetô signifie « félicitations ».
On assiste au premier lever de soleil de l’année hatsuhinode (初日の出). Dès que les premières lueurs apparaissent au-dessus de l’horizon, les japonais forment des vœux de bonheur pour l’année qui commence. Le soleil est un astre vénéré au Japon, en effet, selon le mythe fondateur, Ameratsu la déesse solaire est la divinité tutélaire dont les empereurs tirent leur essence divine. L’empereur lui rend hommage chaque premier de l’an, en récitant une courte prière matinale pour assurer le bonheur sur terre. Tous les ans au premier janvier, la compagnie nationale aérienne japonaise organise un vol spécial pour admirer le premier lever de soleil de l’année. Le nom « Japon »日本signifie « origine du soleil », d’où l’expression de « pays du soleil levant ».

e ni kaita                                                 lever du soleil
yô na kumo ari                                     
il y a un nuage
hatsu hi-no-de                                      
comme un nuage dans une peinture    

Shusai                                                     (Tr: Daniel Py)

tsuru no asobi                                         batifolent les grues
kumoi ni kanafu                                    
jusque dans le ciel
hatsuhi kana                                          
premier soleil de l’année

Chiyo-Ni (1703 – 1775)                       (Tr: Cheng Wing Fun & Hervé Collet)

Le Nouvel An étant la fête la plus importante de l’année, c’est l’un des rares jours fériés au Japon. Il est massivement célébré, car tous souhaitent prendre un nouveau départ dans la vie. De nombreuses festivités et coutumes se mettent en place. Cela se traduit par tout ce qui est « premier », hatsu, en particulier, le premier haiku de l’année. Autrefois, ce haiku débutait le poème en chaîne. La valeur culturelle de ce premier haiku du Jour de l’An donnait le ton à tout ce qui suivait. Afin d’empêcher la monotonie de s’installer, il devait éveiller notre intérêt en tant que poètes et fixer notre attention en tant que lecteurs.

the Great Morning:                            premier matin de l’année
winds of long ago                               un vent de jadis
blow through the pine-trees            souffle dans les pins      

(Tr : R. H. Blyth)                                Onitsura*(3)  (1661 – 1738) 

au premier matin
de l’année, une lanterne
dans la gare vide…                             Shiki Masaoka (1867 – 1902)

(Tr : Seegan Mabesoone)

Si l’on observe bien, le kanji « Hatsu » 初, se compose de deux éléments. Celui de gauche signifie «tissu/ étoffe» et celui de droite «lame». Mis ensemble, ils représentent donc la coupe de tissu; en effet, la confection d’un vêtement commence par la découpe de l’étoffe. Au fil du temps, ce kanji en est venu à représenter l’idée du «début».

Le premier matin commence dans le calme, puisque tous les préparatifs sont terminés.
On se rend au temple pour exprimer sa reconnaissance. Cette première visite s’appelle Hatsumode, et c’est une tradition récente car elle fut établie pendant la période Meiji. On prie pour une année de paix et de bonheur. Des pièces ou des billets sont lancés dans le coffre à offrandes. On tire au sort un omikuji, prédiction pour la nouvelle année,  qui signifie littéralement « réaliser la volonté de Dieu », car autrefois on demandait souvent l’avis divin lors d’occasions importantes comme un mariage, une transaction ou bien la désignation d’un successeur. Le petit morceau de papier est devenu un moyen de recevoir le message des dieux. Il vous informe sur des thématiques aussi diverses que trouver l’amour ou un travail, ou encore la santé ou les voyages. La prédiction est écrite sous la forme d’un petit poème, ce qui rend la compréhension difficile pour quelqu’un qui ne maîtrise pas la langue japonaise.

hatsuzora ni kozo no hoshi no nokori kana

so those stars                            alors ces étoiles
in the first sky are                    dans le premier ciel sont
last year’s survivors ?              les survivantes de l’an passé ?     

Shiki
Masaoka (1895).

hatsuzora no moyô ni tatsuru keburi kana 

la fumée
forme maintenant
le premier ciel de l’an           (Tr : Daniel Py)
  
Kobayashi Issa  (1827).

On achète aussi des ema*(5), littéralement: « dessin de cheval ». Ce sont des tablettes en bois que l’on offre aux temples à la suite d’une promesse faite dans des circonstances difficiles ou dangereuses, ou pour obtenir l’accomplissement d’un vœu. A l’origine elles étaient illustrées d’un dessin de cheval, d’où leur nom. Ce sont donc de véritables ex-voto, parfois exactement assimilables à ceux de l’occident, en particulier pour les bateaux que les marins offrent au temple après avoir couru de grands dangers sur mer.
Cette pratique de visiter un sanctuaire ou un temple existait bien avant Hatsumode, il était d’usage d’aller au sanctuaire vénérer le saint patron local, “ujigama-sama,” ou de se rendre au temple familial où se trouvaient les mânes des ancêtres. De nos jours, les gens n’hésitent pas à entreprendre de longs voyages à cette occasion. Le sanctuaire Meiji Jingu (Tokyo), le temple Naritasan Shinshôji (Narita) et le temple Kawasaki Daishi (Kawasaki) sont les trois lieux sacrés les plus fréquentés du 1er au 3 janvier chaque année, avec plus de trois millions de visiteurs chacun pendant ces trois jours. Le terme « Hatsumode » apparaît d’ailleurs pour la première fois dans un article de 1885 dans “Yorozucho” faisant référence à une visite au temple de Kawasaki Daishi.

初詣小さき宮の神仏
hatsumoode chiisaki miya no kami hotoke

first New Year’s visit –                             première visite de l’an –
the Kami and Buddhas                           kamis et bouddhas réunis
at the small shrine                                   dans le petit sanctuaire

Hasegawa Kanajo (1887 – 1969)

horai ni / kikabaya ise no / hatsudayori

decorations of the immortals:              décoration des immortels :
I’d love to hear from Ise*(4)                 j’aimerais entendre depuis Ise
the first news of the year                       les premières nouvelles de l’an

(Tr : David Landis Barnhill)                 Basho (1694)  

On rend également des visites à la famille et aux amis. Les enfants reçoivent des étrennes, otoshidama. Parents, tantes, oncles, grands-mères et grands-pères leur tendent de petites enveloppes contenant de l’argent. L’envoi de cartes de voeux ou nenga-jô 年賀状 est une coutume très vivante aujourd’hui. On les envoie de préférence avant le 25 décembre pour les recevoir le 1er janvier. La Japan Post collecte les nenga (toutes les lettres et cartes de vœux) à partir du 15 décembre dans des boîtes aux lettres spécialement prévues à cet effet. Comme bien des traditions japonaises, la carte de vœux du nouvel an descend des pratiques épistolaires de l’aristocratie nippone. Dès l’ère Heian (794-1185), les nobles japonais prennent l’habitude d’écrire des lettres afin de transmettre leurs meilleurs vœux à leurs pairs habitant trop loin pour une visite de courtoisie. Les nenga-jô sont toujours à l’effigie de l’animal représentant la nouvelle année. La majorité des cartes de vœux du nouvel an sont prépayées et vendues dans les bureaux de poste et les papeteries. Chaque nenga-jô vendue par la Poste japonaise est dotée d’un numéro de tombola, permettant de gagner de nombreux prix.

Kodomo asobi tako-age kurabe (Children at Play: Kite-flying Contest),
Utagawa Yoshitora, 1865.

Il n’est pas rare de voir des enfants faire voler des cerfs-volants pendant la nouvelle année. C’est ce qu’on appelle le tako-age. Originaires de Chine, les premiers cerfs-volants étaient fabriqués avec des feuilles végétales. Ils étaient utilisés à des fins militaires pour mesurer la distance entre les adversaires sur les champs de bataille. On y attachait également des sifflets pour semer la confusion et faire fuir les ennemis. A l’époque Nara (710 – 794) ils sont fabriqués en papier et se présentent sous forme d’oiseaux. À l’époque d’Edo (1603-1868), les cerfs-volants d’abord considérés comme des objets de célébration, se démocratisent. Ils deviennent des objets de divertissement pour adultes, puis rapidement des jouets pour enfants. Ils sont censés leur apporter la santé et le bonheur. Le cerf-volant est considéré comme un grand sport au Japon. Plusieurs festivals de cerf-volant sont organisés chaque année au printemps. Le plus célèbre est le Takoage-Gassen qui a lieu du 3 au 5 mai dans la ville de Hamamutsu, ce festival de cerf-volant est le plus grand du genre dans tout le pays.

ikanobori / kino no sora no / aridokoro

Ah ! le cerf-volant
dans le ciel d’hier aussi
à ce même endroit                                  (Tr : Joan Titus Carmel)

Yosa Buson (Hiver 1769)

Courtesans playing « utagaruta », 1776.
Game of matching the beginning and the end of famous poems.
Katsukawa Shunshō (1726-193)

D’autres jeux très populaires, sont le jeu de société sugoroku et le jeu de cartes karuta. Une variante de karuta est connue sous le nom d’uta-garuta. Il s’agit de cartes sur lesquelles sont écrits des poèmes. A chaque tour, un poème est lu à voix haute. Les joueurs doivent obtenir la carte contenant les versets correspondants au poème. Le joueur qui obtient le plus de cartes correspondant au poème remporte la partie. Ce jeu de cartes est originaire du kai-awase, qui remonte à la période Heian de l’année 794 à l’année 1185.

Bankoku sugoroku (Sugoroku game of foreign countries),
Utagawa Yoshiiku, 1860.

Sugoroku est un jeu de société japonais qui est devenu une tradition pour les enfants au jour de l’an. Les magazines pour enfants incluent des ajouts au jeu dans leurs numéros de janvier. Le Sugoroku remonte au 12ème siècle. Au 17ème siècle, e-sugoroku («e» signifiant image) qui est un jeu de société illustré est devenu populaire parmi le peuple. Il ressemble au jeu de l’oie dans lequel on lance les dés et on se déplace sur un nombre de cases suivant le résultat des dés. En raison de la nature du jeu qui est basé sur la chance, il est devenu un jeu de jeu populaire dans le passé, ce qui a également entraîné son interdiction à plusieurs reprises. Divers thèmes pour les tableaux de sugoroku ont été créés, allant de la fiction, de la politique, des films et de la religion à des thèmes même pour adultes. Dans le passé, les jeux conçus pour les filles étaient généralement basés sur les rôles féminins traditionnels et les activités domestiques. Par exemple, le jeu de société Shinʾan Gendai Fujin Sugoroku illustre la vie d’une fille de la naissance au mariage. Ainsi, le gagnant du jeu est celui qui se marie le premier en étant le premier à atteindre le panneau final du plateau.

Girls Playing Hanetsuki (Battledore and Shuttlecock),
Kitao Shigemasa, 1775.

Les jeunes filles jouent au hanetsuki un jeu traditionnel similaire au badminton. Il se compose d’une raquette en bois appelée hagoita et d’un volant, et se joue sans filet. Hanetsuki était un rituel shinto auquel les nobles de la cour s’adonnaient depuis la période Nara, dans l’espoir d’apporter une croissance saine pour les filles. Il s’appelait à l’origine Gi-Cho. Aujourd’hui, la popularité du jeu a décliné, cependant, la hagoita est toujours utilisée comme porte-bonheur, et certaines hagoitas sont utilisées comme ornements décoratifs.

Fuku warai (福 笑 い) est un jeu où des joueurs aux yeux bandés doivent remplir les différentes parties d’un visage humain dont le contour vide est posé sur une table. Le but du jeu est de placer des découpes en papier représentant les yeux, le nez et la bouche sur le visage. Ce jeu est devenu populaire à la fin de la période Edo (1603-1868), et les gens ont commencé à y jouer au Nouvel An à l’époque Taisho (1912-1926). Jusque vers 1960, des gens, principalement des enfants, jouaient à ce jeu à la maison. À l’origine, un seul style de visage était utilisé dans ce jeu: le visage rond et comique d’une femme. Mais au fil des ans, d’autres visages, reflétant l’époque à laquelle ils ont été créés, sont également apparus: des acteurs populaires, des héros de bandes dessinées, etc.

Shôgatsu matsu no uchi (The First Seven Days of the New Year ),
from the series Five Festivals (Gosekku no uchi).Edo period 1843–47.
Keisai Eisen (1790–1848).

La première semaine ou les premiers jours de l’année (matsu no uchi).
La première semaine de l’année – du 1er au 07 janvier – est appelée matsu no uchi, (période de la décoration avec des branches de pin). Elle fait allusion aux branches de pin, matsu, qui décorent les maisons et symbolisent la longévité. Il est de coutume de laisser ces décorations une semaine. Chaque jour est marqué par différentes traditions, et l’atmosphère de fête du Nouvel An se continue.

seul et solitaire je ne pense à rien
déjà écoulés
les trois premiers jours de l’année                               (Tr. Elisabeth Suetsugu)

Natsume Soseki (Nouvel An 1910)

Le Kadomatsu est une composition décorative. Vieille d’un millénaire, elle est issue de l’ikebana, l’art floral nippon. Cette décoration traditionnelle orne l’entrée de la maison, d’un bureau, ou d’un immeuble entre le 1er et le 7 janvier et on l’utilise généralement par paire. Elle se compose de pin et de bambou, auxquels on peut ajouter des choux décoratifs, des liens et autres décorations traditionnelles. La partie centrale du kadomatsu est constituée de 3 bambous, de hauteurs différentes, taillés en biseau. Les 3 bambous représentent, à l’image des compositions d’ikebana, le ciel, la terre et l’homme. Le bambou, plante originaire de l’Orient, incarne la santé et la vigueur. Autour d’eux sont disposées des branches de pin noir Japonais (Pinus thunbergii), qui évoquent la longévité. En plus de sa fonction ornementale, le kadomatsu représente la maison temporaire des « kami » pour le nouvel an et peut être l’objet d’offrandes. Ces divinités, vénérées dans la religion shintoïste, sont censées protéger la maison devant laquelle ils trouvent une demeure temporaire. Puis il est brûlé et la fumée qui s’en échappe permet au « kami » de l’an de partir… Les kadomatsu existent sous un très grand nombre de versions, allant de la taille monumentale à la miniature de table (souvent en plastique).

  Hatsu chigiri (First pick),
Bokuchitei Kuronbô,
1908.

Yomizome 読初 est la première lecture de l’année. Jusqu’au commencement de la période Edo, on mettait entre les mains des jeunes filles à chaque début d’année, en guise de première lecture, le conte Bunshō Sōshi, ou « le dit de Bunshō ». Cette œuvre d’auteur inconnu met en scène deux soeurs favorisées par la Fortune. L’aînée épouse un noble de cour, tandis que la seconde devient épouse secondaire de l’empereur. On comprend l’importance accordée depuis toujours à cette première lecture en ce début d’année pour favoriser la chance.

読初のそれより竹に射す日かな 
yomizome no sore yori take ni sasu hi kana 

first read of the year but the sun….the sun catching the bamboo
première lecture de l’année et le soleil… le soleil attrape le bambou

Hoshino Bakukyujin (1925 – 2013)

Utakai Hajime est la lecture de poèmes au Nouvel An sur convocation de l’empereur.
Cette coutume remonte à 1267. Elle est mentionnée dans le « journal de Geki » à l’époque Kamakura, pendant le règne de l’empereur Kameyama. Elle a lieu tous les ans depuis 1879 et se tient au palais impérial, en présence de la famille impériale. Les participants lisent des poésies traditionnelles (waka) sur un thème commun devant un large public. A partir de 1874 le public est autorisé à présenter ses poèmes. Depuis 1882, les poèmes écrits par l’empereur et le public sont publiés dans les journaux et autres médias. Autrefois, la sélection des poèmes était faite par Outadokoro (le Bureau impérial de la poésie) de l’Agence de la Maison Impériale. Nombreux sont ceux qui y participent– y compris des gens en dehors du Japon. Les auteurs des poèmes sélectionnés sont invités au Palais impérial et leurs poèmes sont récités avec des intonations spéciales de manière traditionnelle. Les premières lectures concernent les poèmes du public, viennent ensuite ceux de la famille royale, et enfin  « kisai no miyano miuta » (un poème de l’impératrice) est récité deux fois, et « ohomi uta » (un poème de l’empereur) est récité trois fois. Cette cérémonie est diffusée en direct sur la chaîne de TV nationale NHK.

Hana no yama kasumi no hikizome. Edo period 1856. 
(Mist on the Mountain of Flowers: First Playing of Musical Instruments at New Year),
Utagawa Kunisada I (Toyokuni III) (1786–1864).

Dans le domaine des arts et bien évidemment des arts martiaux (judo, kendo et tir à l’arc kyudo), hatsu geiko est la première représentation d’un art choisi dans la nouvelle année et donne le ton pour le reste de l’année. Ainsi, on pratiquera au mieux de ses capacités en prenant cette première performance de l’année très au sérieux. Cette première pratique définira qui on est, si l’on maîtrise son art, ou bien où l’on est sur la voie de la maîtrise. Initié à l’époque des samouraïs vers le 15ème siècle, elle a été définitivement adoptée à l’époque moderne, vers 1885. C’est le fondateur du judo, Jigoro Kano, qui l’a instaurée et en a fait une coutume nationale. C’est une célébration du renouveau, de la nouvelle consécration et de l’esprit. L’instructeur compte les 100 premières techniques en japonais. Le décompte est ensuite transmis à la personne possédant le rang le plus élevé à l’extrême gauche de la rangée, elle compte les 100 secondes techniques. Le décompte est transmis tout au long des rangées jusqu’à ce que 1000 techniques soient terminées. La performance est rythmée par le kiai (気 合 い), cris de combat, alors que les élèves progressent et que leur moral est bon. Parfois, l’instructeur crie un slogan, comme «Fighting Spirit» et tous répondent avec des kiai encore plus forts. Cet exercice sert à forger le corps et l’esprit en une épée tranchante comme un rasoir. Certains élèves portent le hachimaki (鉢 巻 き) un bandeau pour indiquer leur détermination à compléter les 1000 techniques.

Les samouraïs de la période Edo se consacraient non seulement aux arts martiaux, mais aussi aux moyens de créer une atmosphère conductrice de l’âme. Il s’agissait de Kado la voie des fleurs, Kodo la voie de l’encens, Shodo la voie de la calligraphie et Chado la voie du thé.

Le shodō 書 道 (littéralement la « voie de l’écriture ») est une calligraphie japonaise qui trouve son origine en Chine, pays d’origine des idéogrammes, les kanji. A la différence de la Chine, le Japon utilise deux systèmes d’écriture : les kanji et les kana, ces derniers étant des phonogrammes dérivés de kanji inventés vers le IXe siècle. Les travaux calligraphiques sont autant estimés que les œuvres de peinture, car cet art possède aussi un sens philosophique le plus souvent influencé par le bouddhisme zen. La lecture, l’écriture et l’arithmétique (yomi-kaki-soroban) sont la base des études au Japon. Pendant la période d’Edo, les enfants se rendaient aux terakoya (temples-écoles) pour y recevoir leur éducation. Tout en apprenant à lire et à écrire, ils forgeaient leur caractère en traçant des kanji harmonieux, assis droit sur le sol en position seiza, le cœur apaisé. Il existe aujourd’hui beaucoup de classes de calligraphie. Ces cours sont obligatoires en primaire et au collège; ainsi les Japonais font l’expérience du shodô au moins une fois dans leur vie.


1930’s Japanese Postcard : Girl’s Kakizome Calligraphy
(writing for the first time in the New Year) for Soldiers
« Long-lasting good luck in a battle »

La première calligraphie au pinceau de l’année s’appelle kakizome. On utilise un pinceau et de l’encre noire pour écrire une citation sur de longues bandes de papier. Le kanji choisi est important et doit être un kanji puissant plein de sens et de beauté.  Autrefois, cette calligraphie n’était célébrée qu’à la cour impériale, et consistait à écrire de la poésie chinoise. Puis, au cours des siècles, elle s’est répandue dans tout le pays et, à la fin de l’ère Edo (1603-1868), elle est devenue un événement populaire. De nos jours, on exprime en quelques kanji seulement des souhaits de bon augure qui représentent les résolutions de chacun pour la nouvelle année.
Traditionnellement, le kakizome se fait avec de l’encre fraîchement frottée et avec la première eau tirée du puits le 1er janvier. Le broyage à l’encre est toujours effectué avec le plus grand soin et sert de séance de méditation. Une fois l’encre prête, la personne saisit le pinceau et, en quelques coups de pinceau réguliers, brosse d’un mouvement ininterrompu et sans brusquerie la calligraphie sur papier.
L’événement kakizome le plus célèbre a lieu le 5 janvier, lorsque des milliers de calligraphes talentueux se rencontrent au Nippon Budokan à Tokyo. La calligraphie écrite lors de cet événement est habituellement brûlée au festival de Sagicho le 14 janvier. La calligraphie qui s’envole haut dans le ciel alors qu’elle brûle encore assure à son auteur le don d’écrire encore mieux l’année suivante.

Cha no yu (Tea Ceremony), From the series « Joreishiki » (Etiquette for Ladies), 1901.
Yōshū Chikanobu (1838 – 1912).

Cha-no-Yu (茶 の 湯), littéralement « eau chaude du thé ». La cérémonie du thé est réalisée avec la plus grande attention aux détails, démontrant une performance détendue et fluide. Dans tous ces arts, c’est la première tentative qui compte. Il n’y a pas d’échauffement ni de séance d’entraînement avant. On prépare le décor en utilisant de l’encre et de la pierre pour le shodō ou de l’eau et du thé pour le cha-no-yu . On se concentre en prenant de grandes respirations. Respirer l’inspiration et expirer la performance. Inspirer pour se détendre, expirer pour manifester l’esprit.
Il y a 500 ans, le fondateur Sen No Rikkyu a commencé à transformer la simple cérémonie du thé pratiquée par les moines en un rituel. Il l’a transformée en une cérémonie d’humilité, incarnée par le cadre simple de la maison de thé. Typiquement, les maisons de thé avaient un air rustique, telles de vieilles cabanes abandonnées. Les murs étaient faits de boue et de paille. Les charpentiers utilisaient des poteaux et des poutres d’aspect brut, ainsi que des roseaux et du bambou pour donner l’impression d’une maison construite à partir de matériaux naturels provenant des forêts environnantes. A l’intérieur, la pièce, petite et propre, est isolée de la vue et du bruit de la foule. De plus, elle est intentionnellement vide, à l’exception de ce qui peut y être placé temporairement. Tout embellissement inutile est éliminé. Dès le moment où l’on entre, cet intérieur épuré libère l’esprit des distractions, on remarque chaque mouvement, on apprécie pleinement chaque élément, chaque geste, chaque son autour de soi. La cérémonie du thé est un exemple de la façon dont la chose la plus simple peut être transformée en une expérience artistique et spirituelle. Chaque geste ou chaque élément de la cérémonie fait ressortir la sérénité de l’ensemble. L’hôte essaie de s’en tenir le plus possible à l’état naturel des choses. Les invités s’agenouillent sur le tapis et attendent d’être servis. Ils font face au Kama ou à la bouilloire et au brasero. La décoration de la salle est de goût simple avec quelques arrangements floraux de base ou calligraphie. L’hôte dispose les outils à thé d’une manière rituelle qui reflète les valeurs du thé de l’harmonie ou Wa. Le Kakemono présentant une calligraphie japonaise peut également exposer certaines valeurs de la cérémonie du thé, comme la simplicité.

Surimono: New Year’s Card, 1816: Wakamizu no fukucha, (the first tea of the year),
Katsushika Hokusai, 1760-1849.

Hatsugama (初釜) est la première cérémonie du thé de l’année. Littéralement, c’est la «première bouilloire» de l’année que l’on met sur le foyer pour préparer le thé. On la connaît aussi sous le nom de «tatezome», premier thé. Ce thé est toujours préparé avec la première eau tirée du puits le 1er janvier. Cette cérémonie est traditionnellement célébrée entre les maîtres du thé et leurs étudiants. En fait, c’est le seul moment où les maîtres vont servir leurs élèves. Habituellement, l’enseignant ne fait que conseiller et guider les élèves, ce qui représente donc un événement unique dans l’année, tant pour les invités que pour l’hôte. Hatsugama est également unique en raison de son ambiance festive, de sa cuisine particulièrement raffinée et de la présentation de branches de saule tressées incurvées accrochées dans les alcôves du lieu. Il est également utilisé comme un moment de réflexion et de rencontre dans un grand rassemblement. Lors de cette fête, on prend un repas traditionnel o-sechi, consistant en une série de plats rituels où l’on boit du saké, puis le thé koicha, épais et crémeux, et enfin usucha, le thé léger. En prenant ces mets on forme un vœu de bonheur pour toute l’année. Chaque aliment a sa propre signification en tant que porte-bonheur.

初釜や茶筅にのこるうすみどり
hatsu kama ya chasen ni nokoru usumidori

faint green remaining on the bamboo whisk first tea of the year
vert pâle restant sur le fouet en bambou premier thé de l’année

Nakamura Mitsuo (1911 – 1988)

Hatsu yume, Isoda Koryusai (1735 – 1790).

Hatsu yume, le rêve fait pendant la nuit du 1er ou du 2 janvier, donne des prédictions pour l’année à venir. Les rêves de bon augure se retrouvent dans cette petite ritournelle : « ichi fuji, ni taka, san nasu » : d’abord le mont Fuji, puis le faucon (taka), et enfin l’aubergine (nasu) ». Il s’agit en fait de jeux de mots : Fuji peut se lire « sain et sauf (無事) » ou encore « immortalité (不死) », Taka (faucon) peut se lire «grand (高)» et Nasu (l’aubergine) peut se lire «accomplir (成す)». On considère donc cette combinaison comme chanceuse. Le Sankashu, recueil de 1 560 poèmes du moine poète Saigyo (1118-1190) mentionne déjà cette coutume. Largement répandue au cours du XVIIIe siècle, elle prend son envol lorsque Isoda Koryusai, peintre actif notamment de 1764 à 1788, représente la croyance à travers une estampe qui devient rapidement populaire. En cette époque d’Edo, la peinture d’estampe ukiyo-e  est un art très apprécié de la population. Sur son tableau, tous les éléments sont présents : on y voit un couple assoupi qui partage le même rêve, à base de mont Fuji, de faucon et d’aubergines ; les trois signes porteurs de bonne fortune.
Pour augmenter leurs chances de rêver de la combinaison porte-bonheur, certains Japonais ont pour coutume de poser sous leur oreiller, juste avant d’aller se coucher, une image du Takarabune, bateau légendaire de la mythologie nippone, qui aurait transporté les sept divinités du bonheur. À l’époque d’Edo, nombreux étaient les vendeurs ambulants qui vendaient aux passants de petites gravures du navire, censé favoriser l’apparition du Hatsuyume.

hatsu yume ya / cho to naritemo / mada samushi
first dream of the year
even though I become  a butterfly
I’m still cold                                           Hyakusen (1697 – 1752)

premier rêve de l’an
je le garde pour moi
et j’en souris tout seul                       Shou Ito (1859-1943) (Tr. Alain Kervern)

Fujimi saigyo (1720-30) The Priest Saigyo Contemplating Mt.Fuji.
Nishimura Shigenaga (1697 – 1756)

Hatsu Fuji (初富士), la première vue du Mont Fuji au Nouvel An, littéralement “premier Fuji” en japonais.

初富士が車窓にありて誰も言はず
hatsu Fuji ga shaso ni arite dare mo iwazu

New Year’s Day Mount Fuji in the train window no one mentions it
Jour du Nouvel-An Mont Fuji par la fenêtre du train personne ne le remarque

Imase Koichi (né en 1936)

Hatsu-geshiki (発景色), le premier paysage.

母の里富士を大きく初景色
Hatsu-geshiki Fuji wo ookiku haha no sato

Premier paysage/ le Fuji en grand/ village de ma mère

Fubasami Fusae (1914-2014)   (Tr. Augustin Berque)

Bushû Tamagawa  (Tama River in Musashi Province),
from the series Thirty-six Views of Mount Fuji (Fugaku sanjûrokkei), 1830-32.  
Katsushika Hokusai (1760-1849).

Le mois de janvier ou le premier mois de l’année (ichi gatsu).

La fin des festivités est marquée par la dégustation du kagami-mochi (鏡餅),gâteau de riz miroir. Ce gâteau traditionnel du Nouvel An ressemble à une sorte de galette de riz pilé. Le riz est d’abord cuit à la vapeur, puis écrasé avec un mortier pour créer une pâte très gluante : le mochi. On façonne ensuite deux galettes de taille régulière et plate, de 2 tailles différentes : un grand mochi pour la base, qui représente le siège des divinités du nouvel an et un plus petit, posé par-dessus pour créer un étage, le tout surmonté d’une petite orange amère dadai (橙) avec une feuille. On peut décorer le kagami mochi avec un petit éventail sur le daidai ou bien placer une petite cordelette entre les deux mochis. On le pose ensuite sur l’autel shinto de la maison appelé Kamidana (神棚 ), littéralement l’étagère aux Dieux, ou dans l’alcôve décorative de la salle principale appelée Tokonoma (床の間).
Ce gâteau se conserve plusieurs jours (voire plusieurs semaines). Il s’agit d’une offrande aux divinités pour qu’elles soient rassasiées et cette dégustation fait l’objet d’une cérémonie particulière, qu’on appelle kagami-biraki, l’ouverture du miroir. A l’aide d’un marteau, on casse le moshi qui est devenu dur. On n’utilise jamais de couteau, car cela porte malheur.
Cette cérémonie avait lieu le 11 janvier, pendant la période de « matsu no uchi » lorsque celle-ci durait jusqu’au 15 janvier. De nos jours, elle se déroule le 7 janvier.

A la fin de toutes les réjouissances célébrant le Nouvel An, le premier mois de l’année annonce le retour à la réalité de l’hiver. Il marque le recommencement, le plus souvent dans des conditions climatiques sévères.

hatsushigure / saru mo komino o / hoshigenari 

first winter shower:                                   la première pluie –
even the monkey seems to want             le singe aussi a envie       
a little straw coat                                        d’un petit manteau
(Tr : David Landis Barnhill)                     (Tr. Joan Titus Carmel)         

Basho (Hiver 1689)

hatsuyuki ya / hijiri kozo no / oi no iro

first snowfall –                                        première neige –
the traveling monk’s                              le sac à dos délavé
faded backpack                                       d’un moine errant
(Tr : Jane Reichhold)

Basho (Hiver 1690)

hatsuyuki ya / kakekakaritaru / hashi no ue

first snow –                                             la première neige –
coating the bridge                                 et le pont presqu’achevé
under construction                               en est recouvert !
(Tr : David Landis Barnhill)               (Tr. Joan Titus Carmel)

Basho (Hiver 1693)

premier frimas –
la montagne retentit de la lame
qui coupe les bambous                           (Tr. Elisabeth Suetsugu)

Natsume Soseki (Hiver 1895)

ciel et terre
se fondent
première brume                                      (Tr. Elisabeth Suetsugu)

Natsume Soseki (Nouvel An  1896)

morederu / yama mata yama ya / hatsu kiri

voilée, dévoilée
montagne après montagne
première brume de l’année           (Tr. Cheng Wing Fun & Hervé Collet)

Chiyo-Ni (1703 – 1775)

Notes:

1- Man’yōshū :  littéralement Recueil de dix mille feuilles) est la première anthologie de waka, poésie japonaise datée des environs de 760.

2- « A saijiki is a dictionary of haiku in which the poems are arranged, not
alphabetically, but by seasons. Within the five seasons (New Year’s Day has a separate section) are usually the seven different categories: Season (weather aspects indicative of that time of year), Celestial Phenomena (stars, sun and moon), Terrestrial Phenomena (geographical aspects such as mountains, fields, rivers, etc.,), Events (or holidays), Life (terms dealing with the daily life of humanity), Animals (deemed appropriate for each season), and Plants (often those most conspicuous for the season).
Within each of these categories the poems are listed in a prescribed order of appearance according to the natural world. In spring (and saijiki traditionally start with the first and best season) plum blossoms are listed before cherry blossoms because the plum blooms first; slush comes before new grass. In many cases there is a natural sequence; in others – as in animals – it is very arbitrary.
However, for the user, this all makes perfect sense.
It is spring, a haiku writer is feeling the urge to express his/her feelings. Before going on a walk for inspiration, the saijiki is consulted to see what has touched others and how they have formulated their thoughts and feelings. The saijiki is at once a source of ideas and a guide for what has been done and what is yet possible.»
in «A Dictionary of Haiku », Jane Reichhold.

3- Onitsura : R. H. Blyth, Haiku, Vol. 4, Autumn-Winter (Japan, Hokuseido, 1952)

4- Ise : le lieu le plus sacré du japon. C’est là que se trouve le Ise Jingu, le sanctuaire Shinto le plus vénéré du Japon érigé en l’honneur de la déesse Amaterasu.

5- André Leroi-Gourhan, « Ema », Techniques & Culture: https://journals.openedition.org/tc/5717

Bibliographie :

« Saishin haiku saijiki », Yamamoto Kenkichi, Tokyo, Bungei Shunju, 1977.

« Saijiki: Shiki/Four Seasons: Haiku Anthology Classified by Season Words in English and Japanese » Kato Koko, ed. Nichi-ei Haiku, Nagoya, 1991.

« Haiku World: An International Poetry Almanac » William J. Higginson, Kodansha International Ltd, 1996.

« Haikus des 5 saisons : variations japonaises sur le temps qui passe » Alain Kervern,  éditions Géorama, 2014.

«A Dictionary of Haiku », Jane Reichhold, Aha Books, 1991.

 « Basho’s haiku – selected poems by Matsuo Basho » translated by David Landis Barnhill, State University of New York press, 2004.

« The heart of haiku » Jane Hirshfield, translations by Jane Hirshfield and Mariko Aratani, Kindle edition, 2011

 «Cent onze haiku », Basho, traduits par Joan Titus Carmel, éditions Verdier, 1998.

«Chiyo Nibonzesse au jardin nu», poèmes traduits par Cheng Wing Fun & Hervé Collet, éditions Moundarren, 2005.

 « Haikus », Sôseki, trad par Elisabeth Suetsugu, Editions Philippe Picquier, 2001.

Le Sauvage et l’artifice, les Japonais devant la nature, Augustin Berque, Bibliothèque des Sciences humaines, Éditions Gallimard, Paris, 1986.

Le temps et l’espace dans la culture japonaise, Katô Shûichi, trad. C. Sabouret, Paris, CNRS Éditions, 2009.

The Fifth Season, poems to re-create the world, Robin D. Gill, Paraverse Press, 2007.

Chado the Way of Tea: A Japanese Tea Master’s Almanac, Sasaki Sanmi, Tuttle Publishing, 2002.

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