Une belle journée d’août

C’est une chaude et pesante journée en ce premier samedi du mois d’août, le soleil darde ses rayons impitoyables. Dans la ville, la foule va et vient en silence, sans agitation ni enthousiasme. Depuis seize heures, on entend partout les cloches sonner le tocsin. La triste nouvelle se répand de contrée en contrée jusque tard dans la nuit. Sur les route blanchies par la poussière, les gendarmes à cheval vont prévenir les maires des villages environnants.

Suivi par une troupe de gamins, le garde champêtre en bras de chemise lit la proclamation. Sur la place de la Mairie, tous se pressent subitement. L’affiche au drapeau national suscite stupeur et incrédulité. Les hommes prennent un air grave et les femmes laissent échapper quelques sanglots.

à l’ombre des tilleuls
roulements de tambours –
astre rougeoyant

Bien vite l’heure du départ arrive. Certains montrent déjà leur détermination, et l’enthousiasme s’accroît, aux cris de « la patrie est en danger ! ». Il nous faut quitter nos parents, nos frères, nos familles et nos amis pour aller répondre à l’appel. Les quais de la gare sont noirs de monde, tout le village est rassemblé pour nous dire au revoir. Nous montons dans des wagons à bestiaux. Dans nos musettes, quelques victuailles nous rappellent la maison : jambon et saucisson de ménage voisinent avec le litre de vin rouge. Dans un choc violent, le convoi s’ébranle. Sur le quai, les derniers mouchoirs s’agitent. Bientôt cris et signes d’adieux s’estompent, on n’entend plus que le grincement des roues du train.  Lire la suite

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Le sculpteur de lumière

« La lumière du Japon, toujours voilée, n’a rien à voir avec celle de la France, très brutale et perçante. Et la nature de la lumière, j’en suis persuadé, a une incidence sur le paysage, les gens et même la langue que l’on parle. »
Keiichi Tahara.

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Le cri

Sur la page blanche, une vieille femme dessine de petits traits noirs, avec soin et méticulosité. Au fur et à mesure, des formes apparaissent. Par la fenêtre se profile un clair soleil d’hiver. La lumière aveugle la blancheur de la feuille, accentuant le relief des noirs bâtonnets.

Asile de vieillards –
le grand-duc hulule plus fort
lorsque vient le soir

L’enfant est sur le point de naître. Dans la salle d’opération, les murs blanchis à la chaux reflètent les néons incandescents. C’est alors que paraît enfin, diaphane et fripée,  la fille première-née. L’aube dévoile l’éblouissement des corps entremêlés, et découvre à leurs regards émerveillés les premières lueurs du matin. Dehors, il neige.  Lire la suite

L’orthoptiste – Ortoptistul

C’est un bel après-midi de juillet, j’ai décroché un rendez-vous pour 14h00. Cela fait longtemps que j’attends cet entretien. Je roule tranquillement sur le boulevard extérieur et je trouve facilement une place pour me garer. Je ne suis pas en retard. J’entre dans la salle d’attente, celle-ci est vide, je suis seule. Une porte s’ouvre sur le côté, un homme en blouse blanche m’accueille. Nous discutons du motif de ma venue. Il me demande mon âge, hoche la tête, et m’invite à prendre place.
Toute la salle est plongée dans la pénombre, seule une lampe éclaire son bureau. Il m’explique ce que je dois faire : vous voyez la cage, vous voyez le lion, maintenant mettez le lion dans la cage. Un peu stupéfaite, je le regarde sans vraiment bien comprendre. Pourtant, petit à petit, mon cerveau réagit. Voyons voir, comment faire entrer le lion dans cette cage…  Lire la suite

Balade nocturne

Je marche dans Paris. Je suis un trajet établi depuis un certain nombre d’années, depuis que je travaille en service de demi-nuit au standard international dans le quartier du Marais.
Il est minuit moins le quart. La rue des Archives est silencieuse, les hauts murs des hôtels particuliers abritent de leurs ombres les quelques passants qui se pressent, tout étonnés de rencontrer âme qui vive à pareille heure. Au bout de quelques mètres je tourne dans la rue Rambuteau, une rue populaire et populeuse. Les néons publicitaires rouges des pizzerias flashent les touristes tous les cinquante mètres. Que ce soit l’été ou l’hiver, il y a toujours du monde. J’avoue que cela me rassure. Je respire plus aisément. J’ai vingt ans et je n’ai pas peur de la vie, mais je dois cependant relever un certain nombre de défis. Arpenter Paris nuit après nuit, tel un promeneur solitaire, en est un. Je regarde les vitrines, sans pour autant faire les boutiques. Rares sont les stores baissés. Les enseignes multicolores éclaboussent la nuit. Pollution lumineuse certes… mais qui s’en soucie quand il faut attirer la clientèle à tout prix ?
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Les chemins du rêve

Dans le petit atelier, la femme brune retire ses chaussures et s’assied par terre, puis elle pose un oreiller à côté d’elle. Elle se concentre et commence à esquisser quelques traits d’un geste assuré sur la toile noire aux dimensions amples, posée à même le sol. Son front se plisse, sa main tient fermement le pinceau. Au centre, des lignes rouges se regroupent formant un motif en croix. Puis des traits blancs viennent compléter ces lignes rouges. Peu à peu, le relief apparaît, avec çà et là, quelques points blancs… d’infimes traces. Elle s’allonge maintenant sur le côté, et coince l’oreiller sous son aisselle pour pouvoir peindre plus à son aise. Le silence règne. Lire la suite