Exil

soirée d’automne –
j’écarte de mon visage
les rideaux de pluie

« C’est décidé, je pars ! » En cette journée d’octobre, elle vient tout juste de fêter 40 ans. Son mari est au chômage. Elle a quitté son poste de professeur, elle a travaillé comme secrétaire dans un cabinet dentaire où elle était un peu mieux payée. Rien n’y a fait ! Les dettes s’accumulent, ni les amis ni la famille ne peuvent plus répondre à leurs sollicitations. L’appartement a déjà été vendu avec tout son contenu. Elle se dirige d’un pas décidé vers le cabinet médical. L’agence de placement a déjà pris rendez-vous pour elle. Le médecin l’examine soigneusement, pose quelques questions et remplit le formulaire d’un air habitué. Encore une candidate à l’exil… Lire la suite

La plaine

Devant moi s’étend la plaine où j’ai passé mon enfance. Ce vaste territoire m’attire et me fascine depuis toujours. Il semble d’abord mouvant dans le lointain, comme si l’horizon cherchait son chemin. Puis, en se rapprochant, on distingue clairement les sillons marron laissés après le déchaumage, comme de fines vergetures sur un corps récemment accouché. Je sens monter cette odeur forte de la terre humide et fraîchement labourée, elle frémit dans mes narines. Je me souviens comme elle m’accompagnait durant les longues heures passées à me balader çà et là, à pied ou en vélo. Point minuscule dans l’immensité qui m’entoure, je contemple cette mer étale qui m’entraîne au loin dans une rêverie douce-amère. C’est ici que sont mes racines. Un vol de corbeaux passe au loin. Bottes aux pieds, je m’élance dans les champs, où l’empreinte des pneus du tracteur a tracé de profondes meurtrissures. De grosses mottes de terre collent à mes pas. Le voyage commence… Lire la suite

Les chemins du rêve

Dans le petit atelier, la femme brune retire ses chaussures et s’assied par terre, puis elle pose un oreiller à côté d’elle. Elle se concentre et commence à esquisser quelques traits d’un geste assuré sur la toile noire aux dimensions amples, posée à même le sol. Son front se plisse, sa main tient fermement le pinceau. Au centre, des lignes rouges se regroupent formant un motif en croix. Puis des traits blancs viennent compléter ces lignes rouges. Peu à peu, le relief apparaît, avec çà et là, quelques points blancs… d’infimes traces. Elle s’allonge maintenant sur le côté, et coince l’oreiller sous son aisselle pour pouvoir peindre plus à son aise. Le silence règne. Lire la suite

Triste papier

Dans la grande ville en béton, qui fut une cité nouvelle sortie des champs, je ne reconnais rien. Une chape de tristesse s’abat sur mes épaules tandis qu’une vague de chagrin obscurcit mon regard. Notre petit groupe arrive en dernier à l’église, nous prenons place sur le premier banc. Comment vais-je supporter la cérémonie ? Le corps secoué de sanglots, je tâche de faire face, même si je m’effondre misérablement au vu de tous. A mes côtés, j’entends la voix de soprano de mon amie chanter les louanges à Dieu. J’admire son courage, sa voix, vacillante au début, s’affermit rapidement. Depuis le premier rang, le cercueil me fait face. Il semble être si près … Je ne peux pas retenir cette vague de chagrin, elle est plus forte que moi et me submerge. Une fois la cérémonie terminée, nous sortons en dernier. Je dois me reprendre, car il me faut saluer les gens qui nous ont connus. Sur le parvis, tous nous regardent. J’essaie d’échanger quelques paroles, mais ma voix se brise, je reste muette, murée dans ma souffrance. Puis sous un ciel radieux, le cortège vêtu de noir se reforme et s’éloigne à son tour. Nous rentrons à pas lents. Lire la suite